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Chroniques d’Europe
Le vendredi 18 juillet 2003
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EXTRAIT DU JOURNAL DE GWÉNAËL DE BOODT Avant de repartir (demain les montagnes) Munich, Dimanche 6 juillet 2003 par Gwenael De Boodt,
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Gwenaël De Boodt, comédien et écrivain est parti à pied de Saint-Malo le 6 avril 2003, avec sa compagne Marion Derrien, artiste peintre, pour traverser l’Europe en large Manche-Mer noire jusqu’à sibiu en Roumanie où l’attend une résidence d’écrivain le 31 octobre 2003. C’est une action de résistance en poésie à pied qui inclut toutes sortes de recherches et de réflexions poétiques, philosophiques, économiques, politiques...Au cours de ces 4.000 kilomètres, les Piétons de l’Europe emprunteront les inévitables sentiers de grande randonnée (notamment européens), mais aussi les routes goudronnées. Avant de repartir... Une fois de plus, la compagnie de nos semblables, son œuvre de pierre et de verre, la nature domestiquée par eux et leur agitation frénétique retiennent notre départ. La ville a des griffes, c’est certain. Par leurs habitations, les communautés humaines enchaînent notre voyage. Il nous faut autant de courage pour quitter la ville que pour avancer dans le relief de la montagne. Monika et Werner nous ayant, hier, proposé de rester une nuit encore, notre volonté est plongée dans la torpeur de l’immobilité. Nous allons devoir nous arracher à Munich. La ville a découragé le nomade de se vendre à l’appel de l’inconnu. Elle a sédentarisé l’imagination de l’homme, divisant sa faculté d’atteindre un but en déployant le dédale de ses rues. L’homme perd le flux de sa projection solitaire dans la concrétion matérielle de son âme. Ainsi l’homme ne sait plus où il va. Sédentaire, il ne bénéficie plus du recul ni du spectacle du lointain et de la profondeur, et n’agit plus que pour lui-même, en cet instant, dans l’exiguïté de son environnement. Nous succombons tous à cette mort d’une conscience universelle. Nous multiplions autour de nous les objets et les désirs que nous amassons car nous manquons véritablement de la plénitude accordée par le voyage dont seul la lenteur rend suffisamment fluide la matière pour qu’il puisse traverser l’exiguïté du réceptacle que nous constituons, nous, minuscules êtres évoluant dans l’univers infini. Demain les montagnes (ou : les nouveaux chemins de Compostelle) Notre chemin doit être vivant. Il doit s’accaparer nos propres pieds, pour nous conduire vers le but. Le but n’a pas d’intérêt en soi, il n’en a que pour notre mise en route perpétuelle. Le but applique le rêve de nos empreintes à la surface du monde. Nous sommes conduits par un chemin de rêve. Notre devoir consiste à lui offrir la matérialité de notre corps. Nous sommes finalement que l’instrument de notre chemin.
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