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ENTRETIEN NOMADE

Matéo Maximoff, la naissance de l’écrivain tsigane

Le mercredi 2 août 2006



Je sors à l’instant d’une entrevue avec Olivier O. Olivier, peintre panique, m’engouffre dans une bouche de métro à l’orée de la Place Delambre, non loin de la rue de la Gaité où se trouve l’atelier du peintre, et toutes sortes de sex-shops et de hammams. Sortie Mairie de Montreuil. Terminus. Bus 322. Mon gros sac à dos rouge m’emmène Rue de la Libre Pensée en quête d’une supposée librairie, la Fontaine du Brouillard. J’ausculte pas-à-pas la rue désolée de son bitume gris. En fait, la Fontaine du Brouillard s’avérera être un bistroquet.

Matéo Maximoff y égrène ses vieux jours. Il a 82 ans. Je pénètre dans le bar étriqué, résurgence de ces lieux que j’aime, que j’ai connus chez moi, dans le Nord-est de la France ; ces bars de mineurs, là où la misère des lieux n’est que superficielle. Les cœurs y palpitent bien plus vite que dans ces lieux guindés où les nantis vivassent grassement en népotisme. Je suis accueilli chaleureusement par un jeune à casquette, le visage ravaudé par je-ne-sais quelle irritation de la peau. Les difficultés de la vie creusent là plus qu’ailleurs leur sillon dans les masques des visages. A l’évocation du nom magique - je l’apprendrais par la suite - de Matéo Maximoff, les visages s’éclairent. On m’informe. Il est en panne de voiture. Il arrivera moins d’une heure après mon arrivée, accompagné d’un sculpteur multi-bagouses, le crâne rasé à blanc, les yeux bleus vitreux de désespérance, et d’une dame âgée, photographe.

Le jour est néfaste. Il m’explique que je suis tombé le plus mauvais jour de l’année. Sa voiture l’a lâché. Son fils est gravement malade, alité dans un hôpital dont il ignore la localisation. Il me dira plus tard spontanément - Matéo semble être quelqu’un de simple et de spontané - qu’il lui arrive de pleurer une fois par an et qu’aujourd’hui-même il a pleuré déjà dix fois. Il est un peu plus de trois heures de l’après-midi. Maté - c’est ainsi qu’on l’appelle - effondré, épanchera sa douleur en égrenant ses pleurs devant moi. Ma gêne. Mon respect. Ma tendresse à son égard. Maté est quelqu’un de fantastique. Nous passerons deux heures trente ensemble. Moi, buvant ses paroles. Lui, fraternel, m’abreuvant de son vécu. Nous bûmes ce jour-là 3 ou 4 bières, je n’en ai plus la mémoire. Tout le monde s’offre des verres dans cet endroit fraternel. Maté me dira ne plus boire d’alcool depuis des mois. Aujourd’hui les émotions submergent son esprit et son corps vieilli. Ses deux amis partiront, chacun à leur tour. Maté restera en ma compagnie, dans l’angoisse de ne pouvoir aller trouver son fils. "Ce soir, me dit-il, je suis invité à Romainville pour la projection d’Un américain à Paris, avec Gene Kelly, parce que je l’ai connu". Matéo a un vécu extraordinaire, singulier, douloureux, mêlé d’une joie qui fait encore pétiller parfois dans son regard les flammèches de celui qui a écumé la terre, qui semble savoir. Il a connu les camps, s’est évadé. Il a trouvé dans l’écriture un compagnon de survie. Il n’a pourtant jamais fréquenté d’écoles. Il semble beaucoup aimer le cinéma. Il me parlera de quelques collaborations et d’un film en cours de finition, La vie selon Matéo, commencé il y a deux ans par une jeune réalisatrice de 24 ans. Matéo a prêté sa voix et fourni les figurants pour le Latcho Drom, de Tony Gatlif. Il a joué aux côtés d’Orson Welles.

Matéo s’est éteint à l’âge de 82 ans

Matéo était un Rom luminescent, le visage empreint de sagesse.

Matéo. Merci. Philippe Krebs.



Hermaphrodite : "Comment êtes-vous venu à l’écriture dans la mesure où, à l’intérieur de la communauté tsigane, le rapport à l’écriture n’est pas toujours évident ?"

Matéo Maximoff : "Je suis un tsigane comme tant d’autres de la tribu des roms qui est la plus importante dans le monde puisque sur environ vingt millions des gens du voyage qui sont dans le monde, il y a douze à quinze millions de roms - on ne peux pas les compter. Avant la guerre, je voyageais pratiquement tous les jours. Malheureusement ma mère est morte alors que j’avais huit ans, mon père quand j’avais quatorze ans ; mais ça ne m’a pas empêché de beaucoup voyager avec ma famille. Je n’ai jamais été à l’école de ma vie, ça c’est autre chose. À cette époque, aucun enfant tsigane n’allait à l’école puisque nous étions chassés d’un village à l’autre. Quand mon père était vivant, ça allait parce qu’il partait à la mairie louer un terrain et que nous faisions notre métier : Calderash. Moi je suis de la tribu Calderash, c’est-à-dire chaudronnier. En plus, nous faisions des danses, des chants, de la musique - et nous gagnions notre vie à condition qu’on nous laissât tranquille. Mon père était assez diplomate à l’époque et il nous obtenait facilement des terrains à coté des grandes villes. Je n’ai jamais été à l’école mais je me suis toujours intéressé à l’écriture. C’est à dire que la plupart du temps, nous stationnions sur ce qu’on appelle des cadous, de la merde quoi, de l’ordure, et moi j’allais ramasser les vieux livres dans les poubelles puis j’essayais de savoir lire et écrire. Mon père voyant que j’aimais ça, m’a appris à compter jusqu’à dix, pas plus, sur mes doigts ; et au bout de quelques mois seulement j’en venais à discuter avec lui des calculs. Je n’avais que quatre ans. Puis ensuite, il m’a dit qu’il allait m’apprendre l’écriture alors il m’a appris l’alphabet mais c’est tout, pas autre chose. Et, à environ six ans, j’ai trouvé un album déchiré des Pieds Nickelés sur le cadou et j’essayais de lire mais je ne savais pas. Alors j’ai trouvé un papier avec un crayon . je dessinais les images et en même temps l’écriture alors que je ne savais ni lire ni écrire . Mon père et mon parrain que j’aimais énormément me disent : "Mais qu’est ce que tu écris là. Est-ce que tu sais lire et écrire ?". J’ai répondu : "Non, mais je lirai". Et en effet, un an après, je suis arrivé à lire. L’orthographe était quelque chose pour moi d’absolument inimaginable. On parlait, mais on n’écrivait pas." "Plus tard, bien plus tard, je suis devenu un homme, comme tout le monde, mais il est arrivé une chose malheureuse. J’étais avec la famille du côté de ma mère, des manouches. C’est pas pareil, parce que les roms et les manouches, c’est tout à fait différent. En France, vous avez les Bretons, les Alsaciens, les Auvergnats. Chez nous, c’est pareil, seulement chez nous c’est le monde et pas une région définie. Comme j’allais à droite, à gauche, je suis allé du sud au centre de la France où étaient tous mes parents, ma grand-mère, mes oncles, mes tantes, manouches. J’ai voyagé pendant environ deux ans avec eux. Je faisais du cinéma muet en campagne. On avait des films muets assez remarquables d’ailleurs à l’époque, des Charlots, Harold Lloyd, des Max Linder. Moi je trouvais des maisons qui me les vendaient, parce que je savais lire et écrire ; c’était déjà un avantage dans ma famille. Mais malheureusement un jour, à cause d’une histoire bête, on s’est battu entre deux tribus de la même famille ; il y a eu trois morts et une vingtaine de blessés. Le procureur a ordonné l’arrestation de tous les participants de plus de quinze ans. Je venais juste d’en avoir vingt-et-un, donc j’étais déjà majeur. Tous mes parents, mes oncles, mes cousins ont été arrêtés. On m’a pas arrêté, on savait même pas mon nom, mais pour ne pas manquer à la règle, je me suis rendu à la gendarmerie moi-même. Je suis resté cent-dix jours en prison préventive, mais comme cet acte à l’époque était quelque chose de grave - tous les journaux de France ont en parlé -, ils ont mis les photos des six personnages en première page, dont la mienne. J’étais absolument nu, il n’y avait pas mon nom. Bon, je me suis battu, c’est sûr, mais je n’ai jamais tué quelqu’un, d’autant plus que les trois victimes étaient deux de mes oncles et tantes. Mais à Paris, du côté de mon père, la famille a lu les journaux, et une de mes tantes connaissait Maître Isorni, l’avocat qui tout suite après la guerre a défendu Pétain. Et il m’a écrit pour que je l’accepte comme avocat et j’ai écrit à Maître Isorni que j’acceptais. Il est venu me voir et nous sommes resté cinq ou six heures ensemble à la prison pour m’interroger, savoir comment s’était passée la bataille. A l’époque j’avais vingt et un ans, maître Isorni vingt-quatre, il était même pas encore avocat, il était stagiaire. Et à la fin, il me dit : "la lettre que me vous m’avez envoyée, qui l’a écrite ?", j’ai dit "moi, maître", "comment ? vous savez lire et écrire", j’ai dit "oui". "et dans quelle école, vous avez appris ?", j’ai dit : "aucune". "et vous savez écrire si bien". J’ai été étonné quand il m’a dit ça. Alors il m’a dit "je vais essayer de t’avoir un non-lieu et écris-moi comment s’est passée la bataille." Comme j’étais en prison et que j’avais du papier pour écrire, j’ai écrit la bataille dans une seule journée. Comme c’était la première fois de ma vie que je ne voyageais pas, je me suis dit "je ne vais pas m’ennuyer, tiens si j’écrivais un livre, puisqu’il a dit que j’écris bien." Alors j’ai pris une histoire que ma grand-mère et mon père m’avaient raconté plusieurs fois, et puis je l’ai arrangé à ma façon. Je m’en souviens, parce que c’est des choses qu’on ne peut pas oublier." "J’ai commencé à écrire le premier octobre 1938 et j’ai fini le 31 octobre, c’est-à-dire un mois après. C’est ensuite que je l’ai appelé les Ursitory. J’ai écrit ça comme un enfant plutôt, mais il y avait du style. Moi je le savais même pas. Au bout de cinq-dix jours, j’ai eu un non-lieu. Je suis entré à Paris le 14 juillet 1938. Je suis allé voir maître Isorni, lui ai montré mon manuscrit. Il a dit mettez-le là, c’est tout. Et il y a eu la guerre. Pendant la guerre, moi je suis parti avec ma famille pour me sauver en Espagne ; malheureusement on ne nous a pas laissés rentrer et j’ai été interné dans deux camps. J’ai été interné pendant quarante-deux jours au camp de Gurs, près de la frontière espagnole, et ensuite trente-cinq mois au camp de Lannemezan. Et là, j’écrivais un livre, peut-être même deux dans la même année. Entre-temps, maître Isorni avait plaidé à Auch, pas loin de l’endroit où j’étais interné, à une centaine de kilomètres. On avait pas le droit d’écrire des lettres comme maintenant ; c’était des interzones, on avait droit à cinq mots. Lui comme avocat avait le droit à davantage. Il m’a écrit dans une lettre qu’il voulait me voir à Auch, parce que lui il croyait que j’étais libre. Mais avec sa lettre, je suis allé voir la gendarmerie qui s’occupait du camp... J’ai obtenu cinq jours de permission. Je suis allé à Auch, et là-bas nous avons discuté. Il m’a dit : "Votre livre me plaît énormément. Il faut un peu l’arranger parce qu’il y a des fautes d’orthographe." C’est pas comme aujourd’hui j’en fait pas. Et il m’a dit : "voilà, les frères Flammarion (le père était encore vivant et il y avait trois frères Flammarion) sont des amis d’enfance. Nous avons fait les études ensemble et je les connais très bien. Je peux vous avoir un contrat exclusif de vingt ans, mais vous ne serez pas édité avant la fin de la guerre." Du papier à cette époque il n’y en avait pas. Il fallait des bons pour en avoir. Il m’a dit "je peux vous avoir une avance de six mille francs" (de l’époque). Moi j’étais fou. Je travaillais comme chef de chantier pour diriger les gitans afin de construire une usine à Lannemezan, et je gagnais douze francs par jour. Vous voyez la chose. Alors j’ai donné une procuration. Il m’a dit "je ne peux que vous envoyer mille francs par mois. Ça me suffisait." Au bout de quatre ans de guerre, je suis arrivé à Paris, le lendemain du débarquement allié en Normandie. Avec ma famille, on s’était enfui du camp, sans papiers, sans rien. On a mis quinze jours pour arriver à Paris. À la Libération, à laquelle j’ai participé avec mon frère, je me suis rendu à la préfecture pour demander mes papiers que j’ai obtenus facilement. Ensuite je suis allé voir maître Isorni ; mais il n’y avait pas de papier. Seulement il y avait à l’époque un journal qui s’appelait Regard (c’est un journal comme Paris-Match maintenant) qui a fait un reportage sur les tsiganes dans les camps de concentration. Ils sont allés voir des parents à moi pour leur demander s’il y avait bien un écrivain parmi eux. Ils sont venus m’interroger et ils ont fait quatre pages centrales du journal sur moi. Avec ça, c’est parti." "Ainsi Flammarion attendait du papier. Les écrivains les plus connus, de l’Académie Française et du Goncourt n’écrivaient qu’à deux mille exemplaires parce qu’on avait pas de papier. Tandis que moi, étant donné ma notoriété avant que le livre ne sorte - j’ai eu des pages dans le Figaro, dans toutes les revues possibles, des pages sur un écrivain tsigane - Flammarion a fait huit mille exemplaires. Quelques années plus tard, j’ai été traduit ; actuellement six livres dans vingt-trois langues, dont l’Angleterre en deuxième, l’Allemagne, la Suisse. Malheureusement pour moi, ils ne m’ont publié que trois livres en vingt ans. Mais je suis content, parce que chaque fois qu’ils m’ont refusé, j’ai publié ailleurs, dans un autre pays. Maintenant je suis mondial. Je suis aussi bien traduit en chinois qu’en hébreu, en japonais, je ne sais plus, voilà. Alors je raconte habituellement, quand on me demande, des histoires tsiganes qui sans moi seraient perdues, et puis d’autres, beaucoup. J’ai écrit au moins trois livres sur les camps de concentration des tsiganes. Vous savez, j’ai écrit une fois à Figaro, comment se fait-il qu’on parle tellement des camps de concentration des juifs et qu’on parle pas des tsiganes ? J’ai annoncé comme ça, au hasard parce qu’on ne sait pas exactement, entre six cents et huit cents mille morts, et on en parle pas. Deux jours après, j’ai eu la première page de Figaro. Maintenant, je suis le président de Holocauste International Tsigane. Plus tard, bien plus tard, j’ai fait un procès à l’Allemagne à cause des camps de concentration. Je suis allé un peu partout, à l’Unesco, à New-York, à Washington, au tribunal de La Haye. Finalement mon procès a duré quatorze ans, mais j’ai gagné. Aujourd’hui, tous les tsiganes qui ont été dans les camps de concentration ou internés simplement, ou même nés dans les camps, touchent une pension comme moi j’ai touché. Sauf les tsiganes français. C’est cette année même qu’on commence à s’y intéresser, parce qu’on ne connaissait pas Vichy alors que c’est sous Vichy que nous étions internés. Maintenant, à partir de cette année, on commence à parler parce que déjà l’année dernière, j’ai touché une petite somme de la Suisse, comme les juifs. Et bientôt, je pense que je toucherai quelque chose de la France"

Hermaphrodite. : "Durant mon cursus scolaire, on ne parlait pas trop des tsiganes."

Matéo Maximoff : "Au camp de Gurs, quand nous voulions aller en Espagne et que les Français nous ont pris et mis dans le camp - c’était en 1936, pendant la guerre d’Espagne à Séville. À l’époque où moi j’y étais, il y avait peut-être vingt mille espagnols. Il y avait bien deux mille juifs. Il y avait des homosexuels. Il y avait une quarantaine de tsiganes dont je me rappelle bien, c’était ma famille. Et dans le camp de Lannemezan qui est un camp entre Tarbes et Toulouse, il y avait quatre cent vingt tsiganes. Il n’y en avait pas d’autres, il n’y avait que des tsiganes. Il y avait en France, pendant la période d’occupation, cent dix camps d’internement, sous le régime de Vichy dont onze, c’est-à-dire 11 pour cent, uniquement pour les tsiganes. Mais le gouvernement actuel français ne veux pas le reconnaître. Une autre chose aussi que je peux vous dire et que je répète, j’ai écrit plusieurs livres sur les camps, dont un où la moitié du livre se passe à Lannemezan ; j’ai envoyé un exemplaire au maire de Lannemezan actuel. Il n’a même pas osé me répondre. Alors que le maire de l’époque m’a écrit une lettre que je suis le seul à avoir dans laquelle il reconnaît que j’étais dans les camps. J’ai écrit au camp de Gurs ; ils ont écrit un article où il y avait le nombre d’internés dont quarante gitans. J’ai écrit au comité en disant que j’ai été un des quarante, avec ma famille, et ils ne m’ont pas répondu. Par contre, un prêtre de Lourdes m’a envoyé des photos de Gurs sur lesquelles il y avait les pancartes où il figurait le nombre des internés. Et il y avait quarante tsiganes. Vous voyez, ce n’est pas seulement Vichy qui ne veut pas reconnaître, il y a aussi ceux qui sont au pouvoir actuellement. Pourquoi ? On ne nous demande pas, rien. Quand, moi j’ai reçu une somme, j’ai remercié la Suisse de me l’avoir envoyé, parce qu’en Suisse, ce n’est pas l’argent qui compte. Et pour les juifs, d’accord. Il y avait des millions et des millions. Mais pas les tsiganes. Par contre nous avions déclaré que nous n’avions pas d’argent, mais nos femmes avaient beaucoup de bijoux. C’était ça notre fortune. Nous les tsiganes, nous n’avons pas de maisons, nous n’avons pas de terrains, nous avons rien de spécial, mais nous avions des bijoux, beaucoup. Quand on avait un mariage, chaque femme portait des kilos de bijoux sur elle. On avait des bagues, des colliers, des boucles d’oreille. On peut pas savoir le nombre, c’est impossible. Et que les Suisses m’ont envoyé deux mille francs suisses, c’est pas grand chose, mais c’est l’acte qui compte parce que j’ai la lettre dans la poche et je peux vous la montrer. Pour moi c’est plus important que la somme que l’on envoie. Donc que la France fasse un geste. S’ils nous avaient donné seulement ne serait-ce que le franc symbolique, on aurait dit merci à la France."

Hermaphrodite. : "C’est une question, en France, qui est en train de resurgir, Vichy, avec les procès qu’il y eu, Papon, tout ça, dans la mauvaise conscience..."

Matéo Maximoff : " Oui, qu’est-ce que vous voulez. Il y a eu six millions de morts juifs, on ne sait pas exactement combien de tsiganes. Je vais vous dire pourquoi. Parce que on a les mêmes noms que les juifs." "Il y a deux ans, à Orléans, j’ai été invité à une conférence. Il y avait deux écrivains français qui avaient écrit des livres sur les camps de concentration tsiganes et dont je tairai le nom. J’ai fait la conférence sur les camps ; après c’était leur tour. "Non, il n’y avait pas six cent mille morts dans les camps, il y en avait trois cent mille, deux cent mille, cent mille.", mais qu’importe. Alors je me suis levé et suis monté sur la scène à nouveau. J’ai dit "écoutez (il y avait six cent personnes dans la salle), ces messieurs ont fait des livres remarquables que j’ai lus. Je n’en discute pas. Mais que ce soit trois cent mille, six cent mille ou huit cent mille morts tsiganes dans les camps de concentration, c’est beaucoup. Mais s’il y en avait seulement un, c’est un de trop. Parce que pour quel motif, ils nous ont tués ? J’ai dit : "eux, ils ont écrits des livres remarquables de l’extérieur. Il y a dans cette salle, une vingtaine de gens que j’ai connus qui étaient dans les camps, à l’intérieur. Ce n’est pas la même opinion qu’on peut avoir." C’est juste ou pas ?"

Hermaphrodite. : "Vous qui avez beaucoup voyagé et qui connaissez votre communauté mieux que personne, est-ce qu’il y a beaucoup d’écrivains tsiganes ?"

Matéo Maximoff : "Je crois, répondant à ta question, que je suis le premier tsigane au monde à avoir écrit. Avant moi, il n’y en a pas eu. J’en connais pas." "Il y a une bonne vingtaine d’années, j’étais invité en Hongrie ; c’était encore le communisme. Sur mes papiers, je suis Russe apatride, et je n’avais pas le droit d’aller dans les pays communistes, aucun. Mais comme c’était le gouvernement hongrois qui m’avait invité, personne n’avait rien à dire. Oh, c’est sûr, dès que je suis arrivé à Budapest, il y avait deux personnes qui m’attendaient, un homme et une femme ; et les cinq jours où je suis resté, ils ne m’ont pas quitté d’une semelle. C’est secondaire. D’ailleurs c’est bien simple, ils ne parlaient ni français ni anglais ; il y avait un interprète. Et pour vous dire à quel point c’étaient des saloperies, la femme qui était là, elle était tsigane et elle comprenait très bien le français, mais elle était communiste et était là pour m’espionner. Le ministre de la Culture qui m’avait invité m’a mené chez lui toute la journée ; il m’a pas laissé sortir dans la rue. Il parlait français, lui, heureusement. Il m’a montré un étalage : "Ici, Monsieur Maximoff, il y a trois cent trente livres sur les tsiganes". "Oh, c’est bon ! on en a pas autant en France". Il me dit : "Il y a trois cent trente livres écrits par des tsiganes !". Moi, j’étais absolument émerveillé. "Alors de quoi, parlent-ils ?". "C’est-à-dire qu’ils parlent du communisme. Il n’y en a que deux ou trois qui parlent des tsiganes". Alors, à quoi bon. "Dans les pays de l’Est, il y a eu beaucoup de tsiganes intellectuels - parce qu’ils ont fait exactement comme les juifs au siècle dernier. Les juifs, dans les pays de l’Est, n’avaient pas le droit de cultiver, n’avaient pas le droit de travailler à l’usine, etc. alors qu’est-ce qu’ils ont fait ? Ils sont devenus avocats, ingénieurs, acteurs, écrivains, ce que nous faisons nous-mêmes maintenant. En ce moment, à Bucarest, en Roumanie, il y a quatorze députés tsiganes au gouvernement, dont deux seulement s’occupent des tsiganes. Les autres sont des députés comme tant d’autres. Et moi j’aime bien que dans mon peuple, les hommes intellectuels, intelligents, instruits, s’occupent de leur peuple. Moi, je me suis occupé d’Holocauste Tsigane ; il y a beaucoup de tsiganes qui touchent les allocations familiales, j’ai fait moi-même huit cent dossiers ; sans ça, ils n’auraient rien touché. Dès qu’on devient intelligent, instruit, il faut partager le savoir."

Hermaphrodite. : "et que pensez-vous des écrits littéraires sur les tsiganes ?"

Matéo Maximoff : "Des français, des anglais, des italiens, il y en a eu à peu près partout. Mais ils ont écrit ce qu’ils ont voulu. Un exemple parmi des milliers d’autres, Notre Dame de Paris de Victor Hugo, que j’admire et dont j’ai lu tous les ouvrages ; il écrit : "Esmeralda dansait presque toute nue". J’ai quatre-vingt deux ans dans quelques jours et j’ai pas encore vu une seule gitane danser pied nu devant moi. C’est une invention. C’est bon. Carmen ou n’importe qui, c’est bon, du moment qu’on parle de nous." "En dehors de ça, il y des choses qu’il faut comprendre. Prenons le cinéma. Il a été créé par les français, les frères Lumière, on le sait. Les américains disent le contraire. Mais dès le début, ce sont les tsiganes qui l’ont envoyé, en faisant du cinéma dans les campagnes. Jusqu’en 1909, il n’y avait en Amérique que du cinéma en campagne, uniquement, à quatre-vingt dix neuf pour cent par les tsiganes. Hollywood a été fait par des tsiganes. Vous avez en Amérique, à Hollywood, des centaines de techniciens qui sont des tsiganes, il faut pas l’oublier. Rudolf Valentino, plus tard Rita Hayworth, Ava Gardner étaient d’origine tsigane. Et tant d’autres."

Hermaphrodite. : "Quel est le rapport de la communauté tsigane à la sédentarisation ?"

Matéo Maximoff : "Il y a la loi Besson, depuis 1960, qui oblige toutes les villes de plus de cinq mille habitants à avoir un camp pour les gitans. C’est une loi, mais toutes les communes n’obéissent pas. Ceux qui obéissent, parfois essayent de mettre les camps le plus loin possible, là où il y les ordures. Les tsiganes se révoltent..."

Propos recueillis par Valerian Lallement et Philippe Krebs Romainville - Samedi, 12 décembre 1998

Philippe Krebs, Valérian Lallement

 


LES FORUMS...


> Matéo Maximoff : Le premier écrivain tsigane
5 septembre 2006

bonjour je me presente je mapel Moïse je sui de la famille Maximoff : matéo aité de ma familles je sui Dsl si jecri un pe mal car moi non plus je nes jamais aité a l’ecole

moi je me souvien pas a voire conue matéo mé pourtemp toute ma famille me dit que le jé conue ceté un homme bien

voilla et je voudrais avoire des photo quil a prise car je mainteresse fortemant au sensiene photo tsigane an pluse quil ya des photo de me paran quan il santé enfan jevoudrez avoire des photo si vous aves un site ou des photo a manvoiller voici mon adresse email

moiseburke@hotmail.com

Merci Davance

  
> Matéo Maximoff : Le premier écrivain tsigane
13 septembre 2008, par mickey, lien tchavalés


voila mro pral, un lien pour ce site y’a plein de truc bien sur notre culture des images des histoires je te souhaite une bonne journée latcho drom

http://mayvon.chez-alice.fr/


> Matéo Maximoff
31 mars 2005, par Pubil josé

J’ai lue l’interview ainsi que les réactions et je suis heureux de voir des gitans qui s’interessent à l’écriture. Je voudrais confirmer cette tendance perniteuse qu’on a à oublier nos traditions et coutumes.Nous somme atteint par cette andémie de la culture du "tout le monde pareil". Chez nous ,les gitans espagnols,plus peut être que chez les roms,du fait de notre "entique" sédentarisation, nous sommes atteint par l’effet de cette culture du"tout le monde pareil" qui nous fait oublier notre culture interieur. C’est pour cela qu’aujourd’hui j’ai décider de créer une association qui aura pour but d’enseigné "el kalo" cette "langue " rom à la grammaticale espagnole . Je souhaiterais que mon peuple gitan espagnole du sud de la France se remette à apprendre motre Langue international.

  
> Matéo Maximoff
25 janvier 2006, par jerome


bonjour je me presente je m appel bonillo jerome j habite sur montpellier mon pere é gitan é ma mere francaise je ne voi plus mon pere il é parti en espagne et j aimerai apprendre ma langue paternel la langue gitane pouver vous me l apprendre merci

> Matéo Maximoff
20 novembre 2006, par Caillié


Bonjour,

Connaissez-vous le gitanos espagnol, microlangage de la région de Perpignan ?

Si tel est le cas, rendez-vous sur le site "Fils du vent sans pays". Ce site est un lieu de recherche et de combat pour la mémoire des Gitans, Manouches, Tsiganes.

Http ://filsduvent.oldiblog.com

Denis


> Matéo Maximoff
22 novembre 2004, par Nouka Maximoff, lien Matéo Maximoff

Bonjour, je suis Nouka Maximoff, la fille de Matéo. Je suis tombée par hasard sur votre site et j’ai été assez surprise de voir cet interview de mon père. Je regrette de vous apprendre que depuis, Matéo est décédé et qu’il repose au cimetière de Romainville. Toutefois, si l’homme a pris de chemin éternel dans sa dernière roulotte, il reste son oeuvre (les livres, les milliers de photos, les écrits, les poèmes...) que j’essaie de faire connaître. Si vous êtes interressé par d’autres renseignements, vous pouvez me contacter sur nouka.maximoff@cegeteL.net A un de ces jours. Cordialement. NOUKA

  
> Matéo Maximoff
23 novembre 2004, par Philippe Krebs


Bonjour Nouka,

La rencontre avec votre père fut un grand moment dans ma vie. Je garde toujours de lui le souvenir d’un visage surmonté d’un chapeau et cerclé de lunettes rondes, dans lequel brillaient deux petits yeux très vifs et clairs, prompts à saisir l’instant. Je retiens aussi sa générosité et sa simplicité à l’égard du jeune homme que j’étais.

Vous avez raison de continuer à lutter pour que son oeuvre vive, car les livres de Matéo sont remarquables, comme des épopées sur des masques de cuivre, des fulgurances tsiganes.

Cordialement, Philippe Krebs

  
> Matéo Maximoff
14 janvier 2005, par RUVA 33


En tant que Rom j’apprécie beaucoup l’oeuvre de Matéo ,mais je regrette que certains de ses livres ne soient pas traduis en romanès afin que ceux qui savent lire puissent les lire aux autres dans notre langue.J’ai eu contact avec Matéo en tant qu’évangéliste car il a traduit la bible en romanès .MERCI a lui
  
> Matéo Maximoff
13 février 2005, par Nouka Maximoff


Bonjour ! Je suis tout à fait d’accord avec vous. Les livres de Matéo Maximoff mériteraient bien d’être traduits en langue Romanès et cela fait partie de mes projets à venir. J’ai pour le moment des contacts en Bulgarie pour une future édition bilingue Bulgare/Romanès de trois des romans de Matéo à l’attention surtout des écoliers et étudiants Roms dans ce pays. A suivre ...
  
> Matéo Maximoff
14 mars 2005, par ruva


J’espère qu’un jour ses livres seront traduit en romanès/français pour que les roms de france n’oublient pas ce que nous avons été car les traditions se perdent aujourd’hui chez nos jeunes .

> Matéo Maximoff
11 octobre 2005, par Amadeus


Bonjour, j’ai connu Mateo en 1995 aux Ste Marie de la Mer et nous avions passé quelques bons moments ensemble. Je suis allé le voir à Romainville un peu plus tard et je dois dire que c’est un homme que j’ai beaucoup apprécié. Je relis de temps en temps ces livres et c’est à chaque fois un grand bonheur. Cordialement.


> Matéo Maximoff
5 décembre 2003, par spountz

juste pour dire que j’aime bien Maximoff...voilà tout et puis que l’article n’est pas mal du tout. merci.