Accueil
Webzine
Politique
Le vendredi 27 février 2009
|
|
|
|
La gauche à voile et à vapeur par Cléo Schweyer,
|
|
DANS LA MEME RUBRIQUE :
|
|
|
En Italie, cette semaine, l’événement politique majeur est la victoire de Vladimir Luxuria à l’Isola dei Famosi, Koh-Lanta péninsulien où s’affrontent, pour 100.000€, 14 célébrités (1). Depuis l’historique soirée du 26 novembre, Lucy est présentée comme l’espoir de la gauche italienne et fréquemment comparée à Barack Obama ; la présentatrice de l’Isola, Simona Ventura (2), n’a pas eu peur de déclarer au très sérieux Corriere della Serra (3) que cette victoire est un signe politique positif, avant d’ajouter, mutine : "Mais je ne serai pas une idole rouge" (soulagement). On a beau dire, c’est quand même plus piquant que les querelles d’arrière-cuisine du PS français. Meet the winer : Vladimir Luxuria est une activiste de 43 ans, diplômée avec mention en Littérature Etrangère (mémoire de maîtrise sur Joseph Conrad) après des études qu’elle a partiellement financées en se prostituant, actrice, figure du militantisme LGTB (3), ancienne directrice artistique des fameuses soirées gay romaines Muccassassina, ancienne députée (gouvernement Prodi II, avril ’06 - avril ’08) sous l’étiquette de Refondation Communiste, et transgenre. Sa fiche de présentation sur le site de L’Isola dei Famosi nous apprend qu’elle est Cancer ascendant Vierge, que son empreinte de pied dans le sable de la plage de Cayos Cochinos, une fois analysée par un spécialiste, révèle une personnalité à dominante aquatique, que son livre préféré est Chambres séparées de Pier Vittorio Tondelli, qu’elle ment systématiquement sur son âge, et qu’elle est, donc, transgenre (4). Née Wladimiro Guadagno, Mlle Luxuria n’a pas souhaité entamer un parcours de transformation sexuelle hormonal ou chirurgical mais a changé son nom d’usage, s’est fait poser des seins et multiplie les déclarations en faveur d’une libéralisation des droits de la famille et de l’individu à sexualité non strictement catholique. A l’Isola dei Famosi, elle faisait partie du groupe des filles. Quelques vieux barbons de la droite dure s’obstinent à parler d’elle au masculin, et une anecdote célèbre rapporte son éviction des toilettes des dames du Parlement par une Elisabetta Gardini (présentatrice t.v., Forza Italia) scandalisée. C’est une personnalité tout-à-fait sympathique. Transgenre, donc, et victorieuse, et même joliment, avec 56% des votes exprimés. Meet the "historique" part : Le fait que la victoire lui revienne plutôt qu’à sa concurrente Belèn Rodriguez, mannequin argentin et fiancée de footballeur, qui avait pourtant donné le meilleur d’elle-même en brisant le ménage d’Ivana Trump sous l’oeil extatique de millions de téléspectateurs, a été immédiatement interprété par la presse unanime comme un signe que l’Italie a changé d’attitude vis-à-vis des minorités sexuelles (d’où la comparaison avec B.O., si vous voyez ce que je veux dire). Mlle Luxuria, qui a fait don de son prix à l’Unicef, semble abonder dans ce sens en déclarant que "les italiens sont meilleurs que leurs politiques" (5), et, pragmatique, ajoute qu’il ne lui manque plus qu’un fiancé (6). La question est évidemment ce qui peut bien pousser les commentateurs, toujours plus hardis, à passer de cette analyse déjà passablement optimiste à la prophétie carrément délirante selon laquelle Mlle Luxuria serait la nouvelle Walter Veltroni (ou Hillary Clinton), ce que la principale intéressée ne semble d’ailleurs pas souhaiter. Elle vient de refuser la proposition faite par le Secrétaire Général de Refondation Communiste Paolo Ferrero de conduire une liste aux Européennes, et déclare vouloir consacrer ses prochains mois à l’écriture d’un livre de contes de fées transgenre pour les enfants (7). On peut avancer l’explication de l’indigence de la gauche italienne, qui se consume en querelles partisanes, en déclarations jargonnantes et rappelle tristement sa cousine transalpine (à moins que ce ne soit le contraire). Faute de pouvoir dépasser l’erreur historique de l’allégeance à l’URSS, et la contradiction apparente entre leur idéologie et leur niveau de revenus, les dirigeants des gauches européennes en sont réduits à jouer le spectacle de l’ouverture et du renouveau, en s’attachant à des symboles dont ils ne sont pas capables de faire progresser les idées (le DICO, sorte de PACS réduit à sa plus simple expression et difficilement engendré par la majorité Prodi II, n’a jamais pu être voté). On regrette le Parti de l’Amour et la Cicciolina, que sa manie de siéger à poil au Parlement n’empêchait pas d’avoir d’excellentes idées (révision des droits des travailleurs du sexe, taxe écolo sur les ventes de voiture, protection de la création artistique contre la censure) et constituait, de notre point de vue, une rafraîchissante métaphore, un peu activiste-viennoise, de la politique de papa. Après les femmes, les homosexuels et les noirs, les transgenres seront-ils le nouveau trend de la gauche européenne ? On brûle de le savoir. Tout acceptant de se réjouir de l’ouverture à la "diversité" (8) des grands partis de gouvernement, on aimerait bien qu’ils acceptent de leur coté de ne pas s’intéresser à d’éventuels nouveaux venus qu’à la condition qu’ils fassent partie d’une minorité (9), démontrant par là même qu’ils sont beaucoup moins libéraux qu’ils tentent de le faire croire. Don’t act. (1) Ainsi que 14 inconnus, au sein d’une équipe adverse à la première qui n’intéresse pas grand-monde et fusionne d’ailleurs avec la principale après un premier écrémage de quelques semaines.
|
|
|
|
||||
|
|
|
|
En Résumé
Plan du Site
Le Collectif
La Rédaction
Contact
Catalogue
Lettre d’Information
Textes & illustrations sous COPYRIGHT de leurs auteurs. Traduction/Translation