Entretien de l’entre-deux tours
François Corbier : « J’ai peur qu’on vive dans un pays où tendre la main à quelqu’un, c’est devenir un délinquant. »

par Olivier Pisella,    

 

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Premier mai 2007. Les syndicats font leurs traditionnels défilés, il fait chaud, Le Front National rend hommage à Jeanne d’Arc, les brins de muguets prennent d’assaut les trottoirs. Et puis quelque part dans l’Eure (27), François Corbier répond gentiment au téléphone pour un entretien fleuri et primesautier d’entre deux tours. Épatant.

« Corbier » c’est un pseudonyme ?

Mon nom d’état civil c’est Alain Roux, mais le nom sous lequel je travaille c’est François Corbier. J’ai changé de nom en février 1968 parce qu’à l’époque mon producteur était le chanteur Alain Barrière et il a souhaité que je prenne un pseudonyme. J’ai choisi le vrai nom du poète français du XVe siècle François Villon, qui s’appelait en réalité François de Moncorbier. C’était un peu long donc je l’ai raccourci.

Comment a marché
Tout pour être heureux , ton dernier album ?

C’est extrêmement simple, je fais des albums pour mes amis. C’est à dire que je ne les fais pas pour gagner des sous. Mes tirages n’atteignent pas 10000, 20000, ou un million d’exemplaires parce que c’est très cher et que je n’ai pas les moyens. Je n’ai pas de label célèbre et riche donc je fais mes disques en autoproduction avec mes amis musiciens. Mon disque sort à 2000 exemplaires. Sur les 2000, 500 partent à la presse, un millier environ sont à la vente en magasin et le reste est vendu lors des concerts. Sur Tout pour être heureux, il m’en reste exactement 40.

Et concernant Carnet Mondain  ?

Carnet Mondain a été tiré trois fois. C’est le premier disque que j’ai fait après avoir quitté la télévision donc on ne savait pas où on allait. On l’a tiré une première fois à 500 exemplaires, une deuxième fois à 1000, et encore une autre fois à 1000. On en aura vendu environ 2000, comme pour le dernier album. Mon deuxième album s’appelait Toi, ma guitare et moi. C’était un live, mais il ne reprenait aucun titre de Carnet Mondain.

Il était composé de quels titres alors ? Les chansons de la période Dorothée ?

Ah non non non... C’est fini ça. Je ne crache pas dessus mais je ne fais plus ça. J’étais très content d’enregistrer des chansons pour les enfants à la télévision mais... Tu sais je n’ai même pas fait l’équivalent d’un album en 15 ans de télévision.

Quel regard portes-tu justement sur tes chansons de l’époque ?

Je me suis amusé à les écrire. C’était des chansons où je me moquais de moi, il y en avait une qui se moquait de Dorothée... Ça s’adressait à des enfants et si on écoute un petit peu ce que je racontais dedans ce n’était pas aussi crétin qu’on voudrait le croire. En tous les cas je me suis appliqué à les faire... Dans une chanson comme Sans ma barbe je faisais un tas de calembours impossibles...

Peux-tu me parler des musiciens avec lesquels tu travailles aujourd’hui ?

Il y a Gérard Geoffroy, c’est un flûtiste qui joue aussi du charango : une sorte de petite guitare à dix cordes qui ressemble au yukulélé, enfin c’est un instrument Sud-Américain. Il joue remarquablement de la flûte, c’est lui d’ailleurs qui joue le thème de La chèvre dans le film éponyme. C’est lui aussi qui joue avec le chanteur Kabyle Idir. Gégé est un très bon musicien, plus que ça même puisque quand on cite son nom dans certaines régions d’Amérique du Sud les musiciens nous regardent avec des yeux qui s’agrandissent parce que c’est une espèce de mythe. Il joue de tous les roseaux possibles, vraiment il est magnifique. Après j’ai Patrick Balbin, un vieux camarade que j’ai rencontré en 1982 lors de ma première année à la télévision. Il était électricien sur un studio voisin de celui où je faisais l’andouille avec l’équipe de Dorothée. Il était venu me voir et m’avait dit « Oh elle est chouette ta guitare ! », on s’est mis à parler et on est devenu copains. Maintenant j’habite à un quart d’heure de chez lui dans l’Eure, et si je me suis installé dans ce coin là c’était pour me rapprocher de lui. C’est un excellent guitariste de rock, il accompagne Gérard Lenorman, et avec moi il joue de la basse. Et puis il y a un jeune garçon - enfin un jeune garçon il a une quarantaine d’années quand même, mais pour moi c’est un gamin -, il s’appelle Éric Gombart et fait partie des Super Pickers. Il prépare actuellement un album solo guitare picking, jazz, bossa-nova, folk... ce sont ses spécialités. C’est quelqu’un de très inventif doublé d’un remarquable musicien. Parfois je suis seul sur scène, mais de plus en plus nous jouons tous les quatre en concert. C’est une très belle découverte et un vrai bonheur pour moi parce que j’ai 62 ans, et j’ai joué seul avec ma guitare de mes 18 ans jusqu’à mes 60 ans.

As-tu une préférence entre
Carnet Mondain et Tout pour être heureux  ?

Les deux ont manifestement des textes assez satiriques, parodiques ou de critique sociale, mais Tout pour être heureux est beaucoup plus abouti au niveau du son et des arrangements. C’est un disque que j’aime vraiment beaucoup. Il doit beaucoup à Jean Claude Bodot qui a fait le son. Comme c’est un ami de longue date lui aussi, chaque fois que je veux le remercier en lui roulant une galoche, sa femme fait la gueule. Rien n’est parfait !

Personnellement j’ai une légère préférence pour Carnet Mondain , qui est peut-être plus fantaisiste...

J’entends autour de moi des gens qui me disent exactement le contraire ; il est effectivement peut-être un peu plus fantaisiste. Moi c’est le son des synthés qui me bloque.

À quoi ressemble ton public aujourd’hui ?

C’est très curieux parce que lorsque j’ai quitté la télévision, il n’y avait que des nostalgiques de la télé qui venaient me voir. Ils étaient d’ailleurs un peu déçus de ne pas m’entendre chanter Le nez de Dorothée, Sans ma barbe, etc., mais j’avais décidé de tirer un trait là-dessus. En même temps ils étaient contents de venir me serrer la main, de pouvoir me parler, de me dire ce que je représentais par rapport à leur enfance. Tout doucement ce public s’est élargi parce que ces jeunes gens qui avaient une vingtaine d’années à ce moment là ont parlé de moi avec leurs amis, leurs parents. Ils ont dit à leurs parents « Tu sais, Corbier il fait des chansons que t’aimerais bien ». Alors quand je revenais chanter dans leur coin, les jeunes amenaient leurs parents, et ceux-ci ont parlé à leur tour de Corbier à des amis, des gens de 40, 50, 60 ans... Si bien que j’ai maintenant un public qui va de très jeune, 10, 12, 15 ans, parce qu’il y a toujours le phénomène « C’est le gars de la télé, on va te montrer ce que papa et maman regardaient à l’époque, tu vas voir, en plus c’est bien ce qu’il fait », des personnes de 20, 30, 40 ans qui me regardaient à la télévision quand ils étaient petits, et un public plus âgé encore, jusqu’à 70 ans ou plus... va savoir Charles !... J’ai une chance extraordinaire parce que j’ai un vrai public familial.

Les vieilles chansons que tu chantais à la télévision ne te sont pas réclamées en concert ?

Non, je crois que les gens ont bien compris ma façon de voir, faut dire que j’ai été précis là-dessus : je ne crache pas sur ce que j’ai fait mais ma vie continue et je ne veux pas m’arrêter au Corbier de la télévision. Et puis tu sais, si j’avais été un vrai chanteur pour enfant, mes producteurs de l’époque ne m’auraient pas fait enregistrer que 10 chansons. J’aurais fait deux ou trois albums en 15 ans. Ce qui prouve bien que mes chansons de l’époque n’intéressaient pas tellement les enfants, ni les parents, ni les producteurs.

Avec tes nouveaux albums, beaucoup ont découvert en toi l’âme d’un poète, un peu militant et muni d’une très bonne plume. Bien que d’apparence légère, un nombre non négligeable de tes chansons actuelles ont une dimension politique, écolo, gaillarde, gentiment philosophique ; d’autres encore évoquent avec ironie et un semblant d’amertume le changement de société auquel tu assistes du haut de tes 62 ans.

Je te rejoins bien sur ce descriptif, à ceci près que je ne regrette pas l’ancien temps : avant ce n’était pas mieux, on crevait de faim, il y avait des grèves... Actuellement il y a une espèce de consensus de la part de nos amis de droite qui veulent nous faire croire que tous nos maux viennent de mai 68. Moi j’en ai rien à foutre de mai 68. En 68 j’avais 24 ans, j’étais déjà au travail et je ne comprenais pas grand-chose à cette grève. C’est des conneries de nous dire que c’est à cause de mai 68 que plus rien ne va. C’est ne pas tenir compte de tous les gouvernements de droite qu’il y a eu depuis, bien plus nombreux que les gouvernements de gauche. Si tu fais ce demi-tour tu es bien obligé de t’apercevoir que si maux il y a, ça ne peut venir que de ceux qui gèrent le pouvoir. Pas de mai 68, qui fut certes une affaire de gauche, mais quand on n’est pas content de quelque chose et qu’on est au pouvoir, on peut changer ces choses. Si la droite ne l’a pas fait c’est qu’elle était contente de ce qui était en place. C’est une simple question de logique. Accuser Mai 68 de tous les maux de la France c’est franchement crétin. Et pourquoi pas faire remonter nos emmerdes aux Jacqueries ?... Avant 68 il y avait déjà des problèmes, nos parents se sont battus pour obtenir de la part des patrons le droit à la santé, le droit à l’éducation, le droit d’avoir des salaires décents et des horaires de travail humains. Sans les actions de nos parents et de nos grands parents, la droite n’aurait jamais lâché quoi que ce soit. Alors accuser Mai 68 c’est vraiment nous prendre pour des crétins ! Avant 68 le monde était déjà dur, sournois, et les patrons comme les curés étaient loin de représenter ce qui se fait de mieux dans l’humanité.

Maintenant que tu es un peu redevenu un peu médiatique, peut-on considérer que la pompe est amorcée en ce qui concerne les concerts ?

Non c’est toujours très difficile, très long, très lent. Il y a de la part des gens qui organisent des concerts ou des festivals, une frilosité - que je comprends d’ailleurs, je peux tout à fait admettre que ceux qui organisent des concerts avec des guitares électriques, très percussifs et percutants, rechignent à m’inviter avec mes chansonnettes, plutôt amusantes et douces, qu’ils aient peur qu’on se foute de ma gueule ou que je sois complètement obsolète. Je n’ai jamais connu de fiasco ou subi de moqueries. Ce qui est marrant c’est que certains organisateurs me proposent de terminer le programme après des groupes hurlants, ou qui n’ont rien à voir musicalement avec moi. Le 12 mai dernier par exemple j’ai partagé la scène avec Didier Super.

Que tu apprécies ?

Oui c’est un copain. Si les gens apprécient vraiment la chanson ils ont accès à un éventail très large. Faut pas avoir peur de moi, il n’y a jamais eu aucun problème lors de mes concerts.

Est-ce que la musique est maintenant ton unique source de revenus ?

C’est mon unique source de revenus depuis 10 ans. Pendant sept, huit ans, j’ai très mal vécu parce que j’avais très peu de concerts, et de façon générale très peu de choses à faire. Par chance, mon épouse, mon frère et mon fils travaillent, donc je ne suis pas mort de faim. À un moment je me suis rendu compte que je ne pouvais plus entretenir la maison que j’avais en banlieue de Paris. Une très grande et très belle maison que j’avais fait construire. Je l’ai donc vendue - mal, mais je l’ai vendue quand même. Avec les sous j’ai pu payer mes dettes et acheter une maison à 100 bornes de Paris. Quand il n’y a plus de loyer à payer c’est quand même beaucoup plus facile. Je suis entouré de gens qui ne m’ont pas laissé tomber et c’est très important. Maintenant ça va un peu mieux financièrement parlant.

Après avoir arrêté la télévision tu n’avais pas d’économies ?

Ça c’est une grosse blague. Quand tu gagnes, d’une part tu dépenses, d’autre part tu paies beaucoup d’impôts. Je suis rentré à la télé je gagnais 8000 francs par mois, chaque année mon salaire a augmenté, et sur les deux, trois dernières années, j’ai gagné 45000 francs nets par mois. Sur ces 45000 francs il y avait la moitié qui partait pour les impôts, et l’autre moitié payait le crédit de la maison, de la bagnole, et puis quand t’as jamais eu de fric, ben tu en profites. Les voyages, les fringues, le pinard, les restaurants, les bagnoles...et tu en fais profiter tes copains. Donc j’invitais beaucoup de gens à la maison, on mangeait, on buvait, on faisait la fête et j’étais chaque mois dans le rouge. Débiteur. Mon banquier m’aimait bien... Je lui rapportais gros ! Je n’ai pas mis un rond de côté, de toutes façons le fric c’est fait pour vivre, et quand je suis parti de la télévision je n’avais aucune économie.

Tu es sur le point de jouer à Irkoutsk !

Exact, je pars le 16 mai dans le cadre de l’Alliance française et de la fête de la francophonie en Russie. C’est totalement inattendu, quand j’ai reçu cette proposition j’ai cru qu’on me faisait une blague.

Est-ce que tu peux nous dire un mot sur ton prochain album, un enregistrement en public ?

Comme le live précédent est épuisé (Toi, ma guitare et moi), on a l’intention d’en faire un nouveau. J’espère trouver une salle qui voudra bien m’accueillir, mais là encore ce n’est pas gagné.

As-tu des envies d’évolution musicale pour les prochains albums ?

Dans les nouvelles chansons il y aura du blues picking, de la guitare folk et une ou deux bossa. Je me vois mal faire du rap... Ce serait sans doute parfaitement ridicule.

Comment penses-tu occuper les prochaines années ?

À long terme mourir, fait partie des projets. Sinon j’espère chanter partout où on me le demandera, et après l’album live je ferai probablement un nouvel album studio - à la maison comme tous les autres.

Combien de personnes sont abonnées à ta newsletter,
Le petit Corbinou  ?

Plus de 5000. J’ai assez peu de retours, de temps en temps des gens m’écrivent et commentent. Je donne mon avis, je peux me tromper, je dis les choses comme elles me viennent. La devise c’est « tout ce qui me passe par la tête en plus des courants d’air ».

Dans chaque livraison du
Petit Corbinou tu dévoiles les paroles d’une chanson inédite. Tu en as combien comme ça en stock ?

J’en ai pas mal parce que ça fait des années que j’écris et je continue d’en écrire. Si je décide de rentrer en studio parce qu’on a trouvé des sous, je peux facilement faire deux albums de chansons inédites. Quand j’écris, je peux noircir 50, 70 ou 100 pages avant de bien cerner ma chanson. Et quand je crois qu’elle est finie je m’aperçois qu’un mot ne va pas... Ce que je publie sur Le petit Corbinou ce sont souvent des premiers jets.

Tu es aussi le compositeur de tes chansons ?

Oui, c’est ce que me reprochent d’ailleurs certains mélomanes qui trouvent que c’est un peu léger musicalement. Étrangement, quand j’écoute mes collègues, ça ne me donne pas cette impression...

Aujourd’hui, quiconque évoquant Corbier se rend compte de la sympathie quasi-unanime que tu inspires, gonflée bien souvent par les cœurs gros de nostalgiques. Est-ce pénible pour toi d’être considéré comme un personnage du patrimoine, donc du passé, mis parfois aux côtés de Goldorak et de toutes les icônes des années 80, au détriment sans doute de tes travaux actuels ?

Faut bien faire avec qu’est-ce que tu veux. Tu sais, l’enfance c’est un instant magique de l’existence. J’ai la chance de faire partie de la mémoire de beaucoup de personnes, c’est comme ça. Très peu de gens sont au courant de ce que je fais maintenant donc quand on m’aborde c’est neuf fois sur dix par le biais du personnage de télévision. C’est une approche qui ne m’est pas désagréable. Et puis mes chansons ne passent pas à la radio ni en télé, elles ne se dansent pas, donc c’est pas trop dans le coup, pas tellement dans le mouv’. Ce qui m’ennuie c’est lorsqu’on me ramène à des choses que je trouve sans intérêt ou qu’on me demande des nouvelles de gens sur qui je n’ai plus rien à dire, parce que je ne sais pas ce qu’ils font de leur existence. C’est extrêmement gênant. On me dit « Qu’est-ce que vous nous avez fait rire avec le jeu de l’ABC ! ». Si le seul souvenir qu’on a de moi à la télévision c’est les seaux d’eau sur la tête ça m’attriste un peu. Je préfèrerais qu’on me dise « Oh vous avez de la chance, vous avez voyagé partout dans le monde, vous avez dû voir des trucs formidables... ». Et puis me demander des nouvelles de Dorothée - que j’aime beaucoup - c’est très gênant parce que je n’en ai pas. Je passe souvent pour un mec qui fait la gueule, ou qui se la pète parce qu’il ne veut pas parler des autres. C’est une erreur de penser ça. Si je ne parle pas des autres c’est parce que je n’ai pas de leurs nouvelles et voilà tout. Je pourrais raconter n’importe quoi, dire qu’on va tourner un film tous ensemble, remonter sur scène, faire une nouvelle émission de télé... des conneries quoi. Je préfère dire que je n’ai rien à dire sur mes copains. C’est plus simple et plus franc.

Tu as déjà donné ton opinion sur le coup d’éclat de Mallaury Nataf, mais je ne me souviens pas t’avoir entendu t’exprimer sur les chansons des Musclés. La majorité de leurs textes étaient à double sens, le deuxième étant généralement plutôt vicelard.

J’en parlais l’autre jour avec des amis à la maison, du répertoire de Dorothée, des Musclés, tout ça. Je sais qu’à l’époque je disais « Mais arrêtez de faire croire que vous faites des chansons qui s’adressent à des enfants ! Vos chansons s’adressent à des adultes, et à des adultes qui sont quand même un peu obsédés. » C’est un peu gravissime tout de même. Quand Dorothée chante « C’est comme un tremblement de terre », dans tout un passage ils avaient fait un montage un peu rap comme ça se faisait à l’époque et on entendait : « Sex, sex, sex, sex, sex, c’est comme un tremblement de terre ! ». Je trouve pas ça du meilleur goût. Mais bon le gamin n’y voyait rien du tout, et on pouvait penser que ça amuserait les parents aussi. Ce n’est pas si grave que ça en fin de compte.

Tu es pote avec Bruno Léandri de longue date, et tu apparais régulièrement dans
Fluide Glacial . Quel est ton rapport à la BD ?

Je ne connais pas grand-chose à la BD, j’ai juste eu le pot de rencontrer Gotlib et on est copains depuis 68 ou 70. Je suis aussi copain avec Cabu... Mais on ne peut pas dire que je sois un grand aficionado de bande dessinée. Je peux te citer quelques BD que j’aime bien : Maus que je garde tout le temps près de moi, une BD merveilleuse, et puis Little Nemo, une BD révélation quand j’étais gamin, il y a aussi Tarzan... Je sais que Luz, que je connais un petit peu, vient de faire un album sur la chanson. Et ça me fait rire parce que je sais qu’il déteste la chanson française. Il y a un roman-BD qui est très très bien, chez Delcourt, c’est Les mauvaises gens d’Etienne Davodeau.

Tu me réponds si je te demande pour qui tu as voté au premier tour ?

Ça ne me gêne pas du tout, j’ai voté pour Ségolène et au deuxième tour je voterai aussi pour elle. Pour être tout à fait franc, puisque tu me poses la question, je le fais un peu sur la pointe des pieds, j’y vais presque à reculons. J’aurais préféré voter pour Les Verts au premier tour, mais comme il y a eu l’autre crétin d’animateur de télévision qui a fait ce pacte écologique, tout le monde s’est désintéressé de l’écologie et c’est vraiment honteux ce qu’il a fait ce type. S’il avait vraiment eu des idées il fallait qu’il se présente ! En faisant ça il a tué l’écologie, ce mec est un danger et il ne faut pas avoir peur de le dire. Donc j’ai voté Ségolène parce que je voyais bien que ça servirait à rien de voter pour Les Verts ou un parti d’extrême gauche. Au deuxième tour je voterai évidemment pour elle... C’est une période difficile, ça m’emmerde un peu d’aller voter en ne sachant pas ce que ça va donner dans un cas comme dans l’autre.

Tu es confiant sur le résultat ?

Ah mais moi je suis persuadé que c’est l’autre « abruti » qui va être élu ! « Abruti » c’est peut-être un peu excessif, mais je n’aime pas sa manière de faire de la politique, son attitude. Ça ne veut pas dire que ce type est un facho total et qu’on va vers les camps de concentration, du moins je ne pense pas. Mais je me méfierais quand même quoi, je serai encore plus attentif que je ne l’ai été jusqu’à présent sur ce que sera l’application de ses idées. Je crois qu’on va vers une tentative de mettre la France au pas, dans l’ordre, clean... Ça ne me rassure pas trop parce que moi je préfère le bordel, il y a quelque chose de latin en moi qui me plaît bien. Il y a une chanson qui sera sûrement dans un de mes prochains albums qui s’appelle Bilan du siècle 21 et qui dit :
« Dans les rues de Sangatte on chasse l’immigrant,
Ici aider un homme c’est être un délinquant
 ».
Ben c’est ça, j’ai peur qu’on vive dans un pays où tendre la main à quelqu’un c’est devenir un délinquant. Ça c’est des choses que Monsieur Sarkozy a imposé à Sangatte et ça ne me rassure pas.

On te demande toujours si tu as des nouvelles de tes anciens compères, donc moi je vais juste te demander si tu penses qu’on peut établir un lien entre le fait d’être de droite, de supporter l’Olympique Lyonnais, et de dire qu’on est déjà demain sitôt qu’on vient de passer minuit ?

(Rires) Je n’ai pas de réponse, je ne sais pas ce que c’est que le football, ça ne m’intéresse pas. Ce que je remarque c’est que ce club est champion pour la sixième année, c’est ce que j’ai entendu, et que bizarrement ça fait cent millions de fois moins de bruit que quand Saint-Etienne l’était à l’époque.

Regardes-tu la télé ?

Oui, essentiellement des films, des documentaires et de l’information. Mais je ne suis pas très jeu, émissions pour enfants... Je me sers du meuble télévision pour regarder des choses qui ne sont pas des plateaux, c’est-à-dire des émissions en direct ou en pseudo direct où des gens viennent nous raconter des conneries. Tout ça ne m’intéresse pas. Ou peu.

Qu’est-ce qu’il écoute Corbier quand il est peinard ?

Du blues, de la guitare picking, des chansons de pionniers, du folk, Bob Dylan... Là je me suis offert le double album qui s’appelle La légende du BlueGrass, une country très rapide. Je ne l’ai pas encore écouté je vais voir si ça me plait. Je me suis aussi offert Bob Dylan Unplugged, et un triple album de Woody Guthrie, qui fait partie de l’histoire du folk. Ce qui me semble important c’est qu’il y ait de l’authentique chez un chanteur. De la sincérité. Si le gars ne chante pas très bien ou ne joue pas exceptionnellement bien de la guitare ce n’est pas très grave, pourvu qu’il soit sincère.

Tu comprends l’anglais ?

Je ne comprend pas l’anglais mais j’ai autour de moi des gens qui le comprennent et qui me racontent ci et çà, à l’occasion. Quelque fois d’ailleurs ça ne m’intéresse pas du tout de savoir ce qu’ils racontent. Quand j’écoute Frank Sinatra qui était un artiste exceptionnel, gigantesque, merveilleux, particulièrement doué et qui chantait admirablement bien, quand je l’entends je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il y a peu de chance pour que son discours soit de la veine de Léo Ferré... En revanche, lorsque j’écoute Woody Guthrie, Doc Watson, Bob Dylan, qui ne chantent pas très bien si on s’en tient aux canons du chant classique, qui ne jouent pas toujours très bien de la guitare - tout le monde n’est pas Hank William ou Eric Clapton - je me dis que s’ils chantent quand même et qu’ils sont des stars dans leur région, dans leur pays ou dans le monde entier, c’est sans doute parce qu’ils ont des trucs à raconter et que ces trucs là, ben ça vaut la peine de les écouter, même s’ils ne chantent pas très bien, même s’ils ne jouent pas très bien. Tiens si ça se trouve c’est peut être même intelligent. Alors même si je ne les comprends pas, je leur fais confiance. Mais peut-être que je me trompe, hein, c’est pas forcé.

Qu’est-ce qu’il lit Corbier quand il est peinard ?

Je lis tous les soirs... Tiens, je vais aller dans ma chambre et te dire ce qu’il y a sur ma table de nuit. Alors je marche là, je passe devant la bibliothèque qui est immense puisque qu’elle fait plus de six mètres de long (j’adore exagérer), voilà, j’arrive dans ma chambre, je vais te dire. Alors. Sur ma table de nuit il y a un bouquin de Didier Daeninckx qui s’appelle La mort n’oublie personne. C’est un roman policier publié il y a quelques années chez Denoël. Je l’avais lu quand il était sorti mais comme je ne m’en souviens plus du tout je l’ai ressorti hier soir. J’ai acheté il y a quelques temps Le peuple du blues de LeRoi Jones.

Tu lis plusieurs livres en même temps ?

Bien sûr, toujours.

Tu es un gros lecteur ?

Un énorme lecteur. Tiens j’ai aussi La Belgique et le Congo Vol.4, un livre d’historien où on raconte que les Africains qui ne voulaient pas travailler dans les mines, on leur coupait les mains. C’est bien hein ? L’histoire secrète du Paris souterrain, tout à fait amusant, pas passionnant mais amusant. Je lis surtout des essais et de l’Histoire.

Quand je fais caca, ma vision se trouble et j’entrevois le futur, comme si j’avais été désigné pour mettre en garde les humains. Alors moi je dis : mais reste où tu es futur. Marre d’être un messie. As-tu déjà ressenti ça toi aussi ?

(Rires) Écoute non, je ne sais pas si c’est grave de ne pas ressentir ça. Non, je n’entrevois pas le futur quand je suis dans ces situations là. A l’occasion j’y repenserai à ton truc... C’est vrai qu’on est dans la merde et que le futur ne se présente pas sous les meilleurs auspices. Et pour moi hospices !

Propos recueillis par téléphone le 1er mai 2007 par Olivier Pisella

Discographie :

Carnet Mondain (2001), autoproduit
Toi, ma guitare et moi (2003), autoproduit
Tout pour être heureux (2005), autoproduit

Liens :

http://www.francoiscorbier.com
http://www.myspace.com/francoiscorbier

 



Olivier Pisella

Olivier Pisella se définit avant tout comme un passionné de culture allemande, bien qu’il n’en connaisse rien de rien. Désireux de promouvoir ses passions personnelles (la vulgarité et les formules ampoulées, la franc-maçonnerie et l’amour), il fonde en 2001 la charronsociety, organisme non reconnu d’utilité publique. Il est par ailleurs convaincu depuis 1982 que les parpaings sont à l’origine du Monde.
Une nouvelle outrancière et très sensible consacrée à son frein est accessible sur le site revuebordel.com n°8, son titre est « Bas morceau ».
Son premier roman s’intitule « Une aventure parfois chiante, parfois non, du Warrior de l’Impossible » - œuvre à l’orthographe irréprochable préfacée par Blair.

 


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> François Corbier : « J’ai peur qu’on vive dans un pays où tendre la main à quelqu’un, c’est devenir un délinquant. »
(1/ 1) 26 juillet 2007, par Villa des fleurs

 

 


> François Corbier : « J’ai peur qu’on vive dans un pays où tendre la main à quelqu’un, c’est devenir un délinquant. »
26 juillet 2007, par Villa des fleurs

viens boire un coup a la villa des des fleurs a mantes la jolie et raméne ta guitare Nico & Nanard


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