Entretien costien
Jean-Louis Costes, la naissance d’un écrivain

   

 

DANS LA MEME RUBRIQUE :

Maurice Lamy
Lefred-Thouron
Bernard Lubat & la Cie Lubat de Gasconha
Jérôme Savary : le Grand Magic Circus, mai 68 et le rire de résistance
Entretien avec Jonaz
Mesrine le magicien
Choron dernière
Entretien avec Benoit Delépine : Groland & Louise Michel
Siné Hebdo
Maurice Siné, attention chat bizarre !
Christian Laborde : L’interdiction de L’Os de Dyonisos
Quentin Faucompré
Grisélidis Real
Une voix douce
J’ai avalé un rat
Mike Horn. Profession : aventurier de l’extrême.
Riad Sattouf : "Les nouveaux contes de la raison ordinaire"
Lyzane Potvin, artiste résolument féminine
L’incendiaire
Sébastien Fantini
Tatouages
François Corbier : « J’ai peur qu’on vive dans un pays où tendre la main à quelqu’un, c’est devenir un délinquant. »
Elias Petropoulos sur Radio-Libertaire
Entretien avec Dieudonné
Jacques Vallet
Maître Emmanuel Pierrat
Jean Rustin, le dernier des mohicans
Christian Zeimert, peintre calembourgeois
Alejandro Jodorowsky
Blair : Miction de moutarde sur tubercule dévoyé
Miossec, le retour du marin
Assassin : rap et révolution
André Minvielle
Siloé, photographe du merveilleux quotidien
Guillaume Pinard : voyage en Conconie !
Christophe Hubert, toporophile dans l’âme
Matéo Maximoff, la naissance de l’écrivain tsigane
ZOO, les derniers animaux contraints à quitter le navire
Romain Slocombe
Fernando Arrabal
Jean-Marc Mormeck
Tristan-Edern Vaquette : "Je gagne toujours à la fin"
Jean-Louis Costes, la naissance d’un écrivain
Stéphane Million, chef d’orchestre de la revue Bordel
Grand Corps Malade
Moyens d’Accès au Monde (Manuel de survie pour les temps désertiques)
Stéphane Bourgoin, profession : chasseur de serial killers
Les Invasions barbares de Rodolphe Raguccia
Laetitia, Reine-mère du porno X amateur
Noël Godin, maître ès tartes à la crème & subversion


 

A l’occasion de la sortie du roman Grand-Père de Jean-Louis Costes aux éditions Fayard et de la réédition de son désormais culte Viva la merda ! aux éditions Hermaphrodite, voici un entretien avec le performer chamane qui fait son introduction dans le monde de la littérature avec fracas. Jusqu’alors interdit de vente dans les Fnac et autres lieux de l’entertainment institutionnels et économiques, Costes se voit enfin ouvrir grandes les portes d’un monde que tous lui prédisaient trop beau pour lui. Dans sa quête prométhéenne de l’interdit, du tabou, du sale et du choquant, Costes, pour avoir souvent conversé avec l’enfer, peut enfin dire, oui, je vois le soleil et la lumière.

- On vous connait depuis longtemps pour vos chansons et vos opéras. Moins pour vos textes...

Jean-Louis Costes : - J’écris régulièrement depuis 1997. Des textes courts que je publiais sur mon site internet. Je croyais que personne ne les lirait. Mais ça a plu. D’autres sites et des revues littéraires indépendantes, comme Cancer, Hermaphrodite, Bordel... m’ont demandé d’écrire pour eux. En 2001, j’ai écrit un premier texte long, “Viva la merda”, qui ressemblait plus à un scénario de film qu’à un roman. Hermaphrodite l’a publié. En 2005, David Kersan m’a présenté à Raphaël Sorin qui m’a proposé d’écrire un roman pour Fayard : Grand Père.

- C’est étonnant qu’un artiste aussi underground que vous soit signé par une grand maison d’édition.

J-L. Costes : - Je suis le premier étonné. Depuis vingt ans, je suis habitué à m’auto-produire et n’ai jamais eu un contrat avec une grand maison de disques, ni même de manager pour les tournées de mes spectacles.
Pour mes textes, il y a eu un concours de circonstances extraordinaire. David Kersan a eu assez de foi en ce que je fais pour convaincre un grand éditeur. Et Raphaël Sorin de Fayard a eu le courage et l’ouverture d’esprit de publier un auteur considéré, même par ses fans, comme ne faisant pas assez de concessions pour sortir de l’underground.

- C’est vrai que vous abordez souvent des thèmes sulfureux, avec un style cru et violent qui peut choquer. Avez vous dü vous censurer pour que ce livre soit publié ?

J-L. Costes : - J’ai écrit le livre à ma façon sans me brider. Je ne peux rien créer de bon si je me fixe des limites esthétiques ou morales. Je n’excelle que dans le chaos. Je ne nage bien que dans la tempête.
L’éditeur n’a demandé aucune censure du roman. Il a simplement proposé des modifications ponctuelles du texte dans le but de l’améliorer.

- On peut donc s’attendre à du pur Costes, trash, violent, choquant à tout va...

J-L. Costes : - Le livre est très violent car c’est l’histoire d’un homme pris dans les grands massacres du 20ème siècle. La violence de mon style correspond à la violence de l’époque. Mais parfois, au milieu de tous ces crimes, surgit un moment de paix, d’amour, et même de mysticisme. Des miraculeux répits que j’exprime aussi. Il y a bien des fleurs qui poussent sur la merde...

- Vous avez souvent dit que les textes de vos chansons étaient largement improvisés, sans que vous sachiez à l’avance quel thème serait traité ? Es-ce aussi le cas pour votre roman ? Avez vous suivi un plan précis ?

J-L. Costes : - Mon expérience de la chanson influe certainement sur mon écriture. Je ne sais pas à l’avance de quoi je vais parler. Mon seul plan est de me conditionner pour entrer dans un état proche de la transe, en m’isolant complètement, en ne mangeant et ne dormant presque plus. La solitude et la faiblesse ouvrent un porte secrète dans ma tête. Je plonge dans un tunnel mental. Une voix me parle et je n’ai plus qu’à transcrire ce qu’elle me raconte. J’écris à toute vitesse, sans relire. Que ça soit bon ou mauvais n’est pas important. L’essentiel est de laisser jaillir librement le flux mental. De ne surtout pas chercher à le canaliser. Je fixe sur le papier tous les mots qui me viennent, nuit et jour, jusqu’à ce que je tombe épuisé. Et quand je me réveille, je recommence. Au bout d’un moment (six semaines pour Grand Père) le flux se tarit, la voix se tait. Je n’ai plus rien à écrire et le livre est fini.
Mais il s’agit d’un livre incommunicable, le charabia incomprehensible d’un sorcier. Mon travail consiste alors à élaguer et reconstruire ce délire pour le transformer en roman accessible à tous, avec une histoire et un style simple. Avec 1500 pages d’un flux hallucinant de mots, je fais un roman de 300 pages.

- Si vous n’avez pas de but précis quand vous écrivez le premier jet, quelle est votre intention quand vous reconstruisez le texte initial ?

J-L. Costes : - Je veux communiquer les émotions les plus fortes dans le style le plus concis et percutant possible. Que le lecteur plonge dans le roman comme dans un excellent film d’aventures physiques et mentales. Que lire soit vivre une aventure.
Comme un spéléologue qui aménage la grotte secrète, je crée des escaliers et des passerelles, j’éclaire l’abîme mental pour en permettre la visite.
Je suis le guide du voyage mental.

 

 




 

En Résumé Plan du Site Le Collectif La Rédaction Contact Catalogue Lettre d’Information
Textes & illustrations sous COPYRIGHT de leurs auteurs. Traduction/Translation