Entretien avec le photographe Arnaud Bantquin

par Philippe Krebs,    

 

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(Portrait d’Arnaud Bantquin par Frédéric Vignale)

- Pour ceux qui ne te connaîtraient pas encore, mais qui est donc Arnaud Bantquin ?

-  Originaire de Metz, ma première expérience artistique s’est faite par la guitare il y a maintenant 18 ans. C’est dans le cadre de la réalisation d’une jaquette de démo en 1996 que j’ai collé pour la première fois mon oeil de myope dans un viseur d’appareil. Après une brève incursion dans les sciences politiques, j’ai étudié la photographie technique au sein de la chambre des métiers de Metz.

- Tu as couvert pendant dix jours le festival de performances poétiques Teranova. Peux-tu nous raconter comme tu as vécu cette expérience ?

Ce festival a nécessité une telle endurance que je parlerais de "gastro photographique" tant je me suis vidé d’images ! On ne ressort pas indemne d’une ingestion massive d’évènements.

Photographier c’est s’imprégner, figer et enfin se remémorer afin de vérifier l’adéquation entre l’image isolée et la scène in vivo. Cette régurgitation a été d’autant plus épuisante qu’elle s’est répétée dix jours durant... Mais le jeu en valait la chandelle !

Festival Teranova- Bernard Lubat - Solo soli saga - 18.9 ko
Festival Teranova- Bernard Lubat - Solo soli saga

Festival Teranova- Bernard Lubat - Solo Soli saga - 23.7 ko
Festival Teranova- Bernard Lubat - Solo Soli saga

- Sur les photographies prises pendant le festival, on sent chez toi une facilité à capter les moments festifs et à saisir l’action au point culminant de son déroulement. Comment as-tu travaillé dans un cadre où l’une des difficultés était la profusion des événements ?

Mon unique préoccupation aura été de "photographier juste". A l’instar de la vidéo qui saisit 24 images par seconde, la photographie consiste à saisir l’Instant symbolique. Le résumé exige une compréhension du texte... l’image requiert celle de l’évènement. Les portraits des acteurs de Teranova auraient été complètement différents sans l’écoute attentive des vers, des sons, des souffles... et du silence.

Il m’a fallut vivre et ressentir Teranova pour en approcher l’essence.

Festival Teranova- Mario Salis/Fernando Arrabal - 12.5 ko
Festival Teranova- Mario Salis/Fernando Arrabal
Copyright Arnaud Bantquin

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Festival Teranova
Copyright Arnaud Bantquin

- Tu es initialement photographe de mode pour différents organes de presse sur Paris et en région. Quel plaisir prends-tu à travailler dans ce cadre ?

Pour moi, la photographie de mode n’est pas une fin en soi.

Mes images ne rentrent pas dans le cahier des charges de l’art contemporain car elles ne sont pas précédées de leurs longs chapelets de concepts. Adieu donc veaux, vaches, cochons, expos et éditions ! Mon goût "trop" prononcé pour l’esthétisme n’a trouvé d’écho que dans la mode. Mais je ne m’en plains pas et apprécie pleinement de pouvoir vivre de ce que j’aime.

- Peux-tu nous parler de tes expériences les plus extravagantes que tu as vécu en tant que photographe ?

Elles sont nombreuses mais la dernière en date, je l’ai vécue dans le cadre de Teranova lors de la performance au sein du centre hospitalier de Jury. Je cherchais le Beau, on m’a offert le Vrai.

Trop de douleurs, de cris refoulés, de visages défaits. Et ces yeux...trop pleins d’émotions qu’ils en semblaient vides et qui cherchaient les miens cachés derrière l’appareil. C’est la pellicule qui a tout pris.

Je cherchais le Beau, on m’a offert le vrai Beau !

Festival Teranova - 90.2 ko

- Peut-on dire qu’Arnaud Bantquin est un photographe nomade, puisque tu as pris l’habitude de te déplacer dans un combi dans lequel tu peux dormir ?

-  Ce bon vieux camping car est avant toute chose un héritage de mon grand-père. Je me considère néanmoins nomade dans la mesure où aucune de mes photographies n’est réalisée au même endroit. C’est un long travail de repérage qui précède chaque prise de vue. Ce mode opératoire demande de s’adapter sans cesse à de nouvelles conditions de lumières mais il m’évite en contrepartie la monotonie d’un fond de studio uni et sans saveur. Etre nomade c’est avant tout regarder ailleurs...

- Quelles sont tes sources d’inspiration ?

-  La femme ...invariablement ;-)

Comme me l’a fait remarquer notre ami Frédéric Vignale, la photographie que je pratique est très sexuée. Loin de moi l’idée de m’en défendre .

Festival Teranova - Frédéric Vignale/William Guyot - 28 ko
Festival Teranova - Frédéric Vignale/William Guyot
Copyright Arnaud Bantquin

- Quels sont tes nouveaux projets ?

-  J’ai pas mal de projets sur le feu parmi lesquels celui de revisiter l’œuvre de Liger Richier , un sculpteur meusien.

Ajoute à ça un recueil photos / textes intitulé « la Femme en marches », une pincée de Norapolis ; saupoudre le tout de photographies de mode et tu obtiens une année bien remplie !

Festival Teranova - Neobled du Collectif 129 H - 18.3 ko
Festival Teranova - Neobled du Collectif 129 H
Copyright Arnaud Bantquin

 


Philippe Krebs

Cordiste, éditeur, rédacteur

 




 

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