Lepen ou Bush même combat
Quel choix politique pour les Etats-Unis

par Philippe Boisnard,    

 

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Quel choix politique pour les Etats-Unis


 

Les élections américaines du 2 novembre ressemblent fort à notre 2nd tour des présidentielles françaises, Ralf Nader étant relégué à la part incongrue, ou au pire à permettre l’échec de Kerry.

Face aux élections américaines 2004, il serait grand temps de poser un jugement objectif vis à vis des candidats, et ceci en-dehors de tout parti pris. En effet, il semblerait que les pays occidentaux au niveau politique n’osent s’affranchir d’une sorte de peur, au point de ne pas s’exprimer

Comment définir le choix qu’ont à faire les américains ? Choix entre G.W Bush et J. Kerry ?

Ce qui apparaît d’emblée c’est à quel point il y a un écart entre d’un côté la manière dont l’Europe accueille en son sein des gouvernements de droite dure, voire d’une droite matinée d’intolérance, tel que ce fut le cas avec l’accession au pouvoir de J. Haider en Autriche, ou bien de Berlusconi en Italie en relation avec la ligue du nord, et de l’autre le silence qui caractérise la relation des européens avec le parti Républicain qui soutient Bush. A quoi renvoie actuellement ce parti ?

Si nous devions l’analyser à la lumière des principes qui caractérisent le jugement politique européen, cette présidence américaine serait définie davantage en relation à une extrême droite nationaliste et intolérante qu’à une droite classique, voire même libérale au sens européen. En effet, la politique de Bush, soutenue par les Républicains, et ici il n’y a qu’à reprendre certains grands axes exposés lors de leur congrès de New-York, se construit non pas sur un rassemblement démocratique, mais sur une logique permanente de discrimination : discrimination des homosexuels, qui pour la première fois depuis quelques élections ne sont pas invités à s’exprimer lors du congrès républicain, retour d’une logique religieuse venant influencer durement le politique (remise en cause du droit à l’avortement, de la mixité, de l’homosexualité, etc), logique d’expansion du pouvoir géopolitique dans le monde par la puissance militaire, notamment et surtout au moyen-orient, par le biais de la stigmatisation manichéenne de pays en tant qu’axe du mal, etc...

La politique de Bush, si nous l’analysions à partir de ses propres déclarations, ou bien de celles de ses principaux conseillers, se constitue de fait comme une politique nationaliste et offensive face au reste du monde, comme une politique qui faisant fie au niveau international, de tout principe démocratique (rupture avec les décisions de l’ONU), s’instaure comme hégémonique, voire au sens propre du terme « totalitaire », en exigeant l’allégeance des autres nations, au risque de provoquer ses propres foudres.

Alors qu’aucun autre pays dit démocratique, en Europe, ne pourrait agir d’une telle manière sans se faire brocarder par les autres nations, il apparaît que les Etats européens, n’osent justement rappelés ces faits et mettre en garde les Etats-Unis face à une politique aussi extrême et unilatérale. Si en Europe, il est difficile, voire impossible à une nation de basculer dans une politique dite d’extrême droite, du fait de la coercition des autres pays, c’est parce que justement son histoire récente, rappelée avec les fêtes commémorant la libération de l’occupation par exemple en France, est encore hantée par le spectre des politiques nationalistes ou fascistes. A contrario, les Etats-Unis, n’ayant pas cette histoire, ne l’ayant qu’indirectement, ne semblent pas se rendre compte du basculement progressif de leur pays dans un régime qui peut bafouer à la fois certaines libertés civiles depuis l’instauration du patriot act, et le droit international, grâce à son pouvoir économique et militaire.

Face à Bush, nous retrouvons Kerry, qui s’il est un liberal au sens américain, donc plutôt de gauche, pour nous européen serait davantage à relier à une droite classique, pouvant être étiquetée comme un social-libéralisme. Au point que de gauche, il n’y aurait effectivement que Ralf Nader.

En ce sens, les élections américaines actuelles sembleraient poser une alternative aux électeurs qui pourrait être rapprochée de celle qui eut lieu en France lors des dernières présidentielles : d’un côté une droite classique représentée par J. Chirac, de l’autre une extrême droite symbolisée par J.M Lepen. Alternative qui n’en fut pas une en France, au sens où 82% des électeurs votèrent pour le représentant de la politique dite Républicaine. Alternative qui en est une aux Etats-Unis du fait d’une autre culture et d’une autre histoire.

Or, force est de constater, qu’aux Etats-Unis, si le débat est virulent, reste qu’actuellement, au niveau des sondages, c’est encore Bush qui devance Kerry, sans qu’aucune déclaration des pouvoirs européens mettent en évidence justement les dangers d’un tel choix.

Est-ce à dire alors, que les Etats-Unis au niveau politique sont maintenant un pays incritiquable, à l’immunité totale, dont l’on ne peut plus qu’accepter en silence les dérives et les choix ? Est-ce que leur puissance est à ce point menaçante que plus aucun pays occidental ne puisse raisonnablement donner son point de vue, de peur des sanctions indirectes que cela provoquerait, tel que nous l’avons vu pour une part avec le cas de la France lors de la guerre d’Irak ?

L’avenir le dira. A savoir, le choix des américains aux élections de novembre, donnera peut-être la réponse. Si Kerry devient président, il paraît évident que les relations internationales se normaliseront, au sens, où il semble défendre une logique démocratique pour les décisions internationales et souhaite renouer les relations avec les alliés historiques de son pays par un retour de l’autorité de l’ONU. Par contre, si Bush est reconduit dans ses fonctions, nous suivrons, peut-être, la poursuite de la dérive d’une radicalisation du pouvoir, et de là voir en quel sens les crises qu’il a ouverte vont se poursuivre et même sans doute s’amplifier.

 



Philippe Boisnard

http://www.x-tr-m-art.com
Philippe Boisnard, écrivain, philosophe, vidéaste, agit dans les milieux parallèles de la littérature (JAVA, DOC(K)S, EvidenZ, Fusées), et écrit des articles aussi bien pour Libération, que la revue d’Esthétique ou le Philosophoire. Depuis 3 ans maintenant s’investit de plus en plus dans les rapports entre littérature et nouveaux médias (organisation de terminale X.périenZ à Arras en collaboration avec Jacques Donguy), et développe des performances internet (WAR(Z) ACTUALITE). Ce qui l’anime c’est de comprendre en quel sens il est possible de développer une démocratie médiatique capable de court-circuiter toute forme d’hégémonie au niveau de la représentation politique et sociale qu’elle soit institutionnelle ou révolutionnaire. C’est en ce sens que peu à peu il en est venu à réfléchir sur les enjeux développés par Christian Prigent dan ses textes théoriques. Outre les activités éditoriales, il accomplit de nombreuses lectures et performances visuelles (Paris, Nantes, Lyon, Bruxelles, Lille, Le Mans, etc...) et des conférences sur la poésie contemporaine (France, Belgique, Brésil).

 




 

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