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Le jeudi 3 août 2006
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Entretien à la hache Christophe Hubert, toporophile dans l’âme par Juan Hastings,
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Une pluie drue frappe à la vitre. Le TGV amorce son mouvement supersonique. Je quitte Nantes, songeant à l’Hôtel de France, à Jacques Vaché, cet artiste sans oeuvres « qui avait incendié de grandes parties de forêt vierge », révélant ainsi à Breton sa propre voie. Je repense aussi, et surtout, à ce week-end tout à Topor, chez Christophe Hubert, le bibliographe officiel, l’homme le plus averti de tous les « toporophiles ». JEH Hermaphrodite : Tes premiers contacts avec l’œuvre de Topor ? C.H : En deux temps, avec plusieurs d’années d’écart entre les deux. D’abord quand j’étais potache, au lycée à Laval. Des amis avaient plein de numéros de Hara-kiri. Et j’aimais bien les dessins signés Topor. Et plusieurs années plus tard, après que j’étais parti faire mes études de médecine à Nantes, j’ai redécouvert Topor mais à travers des textes cette fois-ci, Four roses for Lucienne, Joko fête son anniversaire, Le locataire chimérique et je n’ai pas réalisé sur le moment qu’il s’agissait du même artiste ! Je n’ai réalisé que le jour où je suis tombé sur un de ses recueils avec des illustrations, la couverture illustrée par lui-même. Là j’ai fait le lien et me suis mis à tout acheter, indistinctement : des recueils de textes et de dessins, tout ce que je trouvais. J’étais content d’ailleurs de découvrir des livres qui me faisaient redécouvrir les dessins, parce qu’un bon nombre d’entre eux avaient été publiés dans Hara-kiri. Hermaphrodite : Tu as d’abord connu Topor par le dessin ? C.H : D’abord par le biais du dessin même si il écrivait des nouvelles dans Hara-Kiri mais à l’époque on s’en foutait du texte mon pote de Laval et moi, c’était le visuel qui primait et je commençais à me faire ma culture du dessin, qui se limitait à l’époque à la BD : Tintin, Astérix, Les Pieds Nickelés et surtout les Pieds Nickelés. Et un jour (15 ans plus tard) ma femme a ramené La cuisine cannibale dans son édition originale avec la couverture illustrée par Topor. Et là j’ai réalisé que c’était le même. Tu prends alors conscience d’une énormité. Ca faisait deux, trois ans que je lisais des trucs occasionnellement, quand j’en trouvais un, parce que ça se trouvait mais il fallait chercher quand même. Et ça valait rien chez les libraires, Four roses for Lucienne ça valait dix balles. Ca a bien changé. Et comme je n’avais pas de ronds, j’avais la liste sur moi des bouquins que j’avais déjà. On pourrait dire que c’était l’embryon de la future bibliographie. C’est comme ça que ça a commencé, sans y penser, sans projet. Et au fil des années je me suis retrouvé avec une liste assez conséquente, plus importante en tout cas que celle que l’on pouvait trouver dans ses livres où elles sont partielles, incomplètes, mal faites (C’est plus du registre de la réclame publicitaire que d’un véritable intérêt bibliographique). Hermaphrodite : T’as tout de suite eu le désir de te plonger dedans ? C.H : Oui, mais parce que je fonctionnais déjà comme ça pour d’autres auteurs. C’est comme ça que j’ai lu pratiquement tout Jarry, tout Queneau, tout Boris Vian, Paul Vallet, Michaux, Ponge, Maurice Blanchard, etc. Un peu cet esprit de système qui me pousse à tout lire quand j’ai envie de découvrir un auteur. C’est peut-être une forme d’attitude obsessionnelle, ça me donne l’impression de mieux comprendre l’auteur ; mais, est-ce utile ? Je n’ai pas fait la même chose avec Sartre ou Leiris que je n’arrive pas à lire. Hermaphrodite : Arrabal ? C’est par le biais de Topor que tu l’as connu ? C.H : Non, j’avais déjà entrepris Arrabal depuis quelques années. C’était même une période de creux où je ne trouvais plus rien d’Arrabal, j’avais déjà lu quasiment tout son théâtre. Et je n’avais pas fait le rapprochement mais il s’est très rapidement imposé à moi. Il y a un certain nombre de bouquins de Topor où il est fait mention du mouvement Panique, je pense aux Cahiers du silence où l’on peut voir apparaître Arrabal. La connexion s’est faite d’elle-même. Par contre Jodorowsky, je ne connaissais quasiment pas, sa bande dessinée ne m’intéressait pas, les films je ne les avais pas encore vus. Hermaphrodite : Tes rencontres avec Topor ? C.H : A Paris, parmi mes amis il y a Léon Aichelbaum qui est libraire et qui faisait un tout petit peu d’édition sous le nom « Les Autodidactes ». Il avait publié une petite nouvelle de Topor Xoqxoqxoq qui relate les aventures d’un coq. Et en parlant avec Léon, j’apprends qu’il avait publié cette nouvelle deux ou trois ans auparavant. Je voulais en avoir un exemplaire et bien sûr c’était épuisé. Dans le cours de la discussion je lui demande s’il est possible d’écrire à Topor pour lui témoigner du plaisir que j’avais pris à lire ses livres. Sorte d’hommage comme ça. Et donc j’ai écrit à Topor en lui joignant cette espèce d’embryon de bibliographie. Léon m’avait bien prévenu que Topor ne répondait pas au courrier et de fait il n’a pas répondu. Mais un an et demi après, Léon rééditait un lipograme de Jacques Arago Voyage au tour du monde sans la lettre A illustré par Topor. Donc séance de signatures. Je vais à Paris et fais la queue comme tout le monde. Vient mon tour et là il me demande comment je m’appelle. Je me présente et il me dit : « oui je me souviens tu m’as écrit ». C’est comme ça que ça a commencé et ça a été une rencontre assez forte parce que ma femme ne pouvait pas venir à Paris en même temps que moi et ça allait être son anniversaire. Donc j’avais prévu le coup, j’avais expliqué à Topor que ma femme ne pouvant être là, j’aurai aimé qu’il lui dédicace un de ses bouquins. J’ai sorti Joko fête son anniversaire et là il a été très ému, ça se voyait. Il a marqué une pause, a eu un petit sourire et m’a dit : « Ca fait longtemps que je l’avais pas vu celui-là ! » On a bavardé deux minutes et il m’a dit que ce serait bien qu’on se revoit, lui me disant que ça serait bien de faire la bibliographie. Ce fut le premier vrai point de départ de l’idée de bibliographie. Et après, chaque fois que je voulais le rencontrer, on prenait rendez-vous, ça permettait de réussir à se voir dans de bonnes conditions. On s’est vu une fois à Nantes, il était membre du jury du festival des Trois Continents. On s’est vu pendant plus d’une heure à l’Hôtel de France et il a été très sympa. Le hall était comble, il y avait pas mal de journalistes, il était assez demandé et lorsqu’il m’a vu il a coupé court et a dit « Excusez-moi, nous avons rendez-vous ». On s’est isolé dans un salon et quelques personnes ont demandé la permission de nous écouter en promettant de ne pas intervenir. Mais lui comme moi on a fini par les oublier, on était parti dans notre discussion. J’ai commencé à lui parler de certains de ses livres, lui demandant pourquoi il les avait faits, pourquoi la couverture était comme ça. Et lui qui avait une mémoire d’éléphant se rappelait de tout, du moindre détail. Par exemple, son recueil de dessins Panique qui était paru à San Francisco chez Future Lights Book, je lui ai dit que je l’avais vu en vitrine avec une couverture noire. Il m’a dit « oui, c’est la réédition de 1969, c’est pas l’originale », qui a une couverture rouge et date de 1965. On a très rapidement dévié sur les auteurs qu’on aimait bien. C’était naturel il parlait sans gêne de son travail. Et cette rencontre nous a rapprochés car on s’était rendu compte que nos goûts, nos bibliothèques étaient plutôt semblables : Louis Scutenaire, George Pérec, Raymond Queneau, Dubuffet, les polars, etc. Il m’avait conseillé de lire Londres express de l’irlandais Peter Loughran par exemple, un petit bijou. Topor était un gros lecteur, il avait tout lu, Jean Genet, Henri Michaux, Pierre Bettencourt, il ne l’avait jamais rencontré mais était impressionné par son œuvre. Hermaphrodite : L’idée d’une bibliographie ? C.H : C’est venu tout seul, progressivement, à mon insu ! Et ça a été un bon moyen pour rencontrer Topor. Il était très touché que quelqu’un s’intéresse à son œuvre de cette façon-là, assez poussée, assez exhaustive. Ca le touchait, comme le jour où il est allé à Brest, invité pour une exposition. Les gens ne s’attendaient pas à ce qu’il fasse le déplacement, tout le monde était extrêmement attendri qu’il soit là et cela l’avait bouleversé toute cette attention. Ca souligne sans doute une certaine solitude, une certaine pudeur. Hermaphrodite : La figure du père, Abraham ? C.H : Le père avait une admiration folle pour le talent de son fils et le fils avait une vénération extraordinaire pour le talent de son père, son talent de peintre. Ils aimaient vraiment leur travail respectif, sans conflit. Topor avait de l’admiration pour ses parents, pour leur démarche d’être partis de Pologne, d’avoir trimé pour que lui et sa soeur puissent faire des études, s’intégrer. Et avec une espèce de bain culturel continu, avec le père aux Beaux Arts, faisant de la peinture le dimanche, les emmenant au musée. Le père a eu quelques expositions lui-même. Et quand il a pris sa retraite, il a pu peindre beaucoup plus, et immédiatement des amis de Topor, qui étaient eux-mêmes galeristes, en Italie en particulier, avaient repéré son travail chez Roland en voyant ses toiles au mur. Puis ils ont rencontré le père et des liens d’amitié se sont tissés. Toujours est-il que le père a eu plusieurs expositions, en Italie, en Allemagne, en Belgique. Il y a eu aussi des expositions avec le père et le fils, et même une à Cologne, je crois, avec le père, le fils et le petit-fils, Nicolas. Il n’y avait pas de concurrence, ils ne faisaient pas la même chose. Hermaphrodite : Tes livres de prédilection ? C.H. : Spontanément comme ça, Joko fête son anniversaire dans sa version initiale, mais il y aurait La vérité sur Max Lampin, Erika aussi avec le concept d’un mot par page ou l’idée de rayer les mots inutiles, Le bateau ivre, Le discours de la méthode. La cuisine cannibale également pour lequel j’ai une affection toute particulière, avec une espèce de cruauté et de cynisme plutôt plaisants. Entretien réalisé par Jean-Edouard Hastings
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Juan Hastings ou l’élégance so british. Né de père anglais, nourri au rock, puis aux musiques électroniques. Chanteur du groupe de métal Hotscone. Juan Hastings incarne cette génération d’auteurs surdoués de moins de trente ans remuante et sans complexes.
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